Le Parti Communiste du Bénin repond sèchement à Patrice Talon

Le Parti Communiste du Bénin repond sèchement à Patrice Talon
Patrice Talon

Par K. Monzonla, togo-online.co.uk

Le déplacement de Berlin a été révélateur des attitudes des chefs d’Etat africain face aux aspirations profondes de leur peuple. Si Faure Gnassingbé a dû fuir devant ses compatriotes, son homologue du Bénin a dû user d’un discours flatteur qui n’a pas échappé à la loupe du PCB, Parti Communiste du Bénin.

Le PCB s’insurge contre la description du Bénin faite par Patrice Talon face à la chancelière.

C’est dans un communiqué que le Parti Communiste du Bénin a reprécisé les mesures prises par le gouvernement béninois en violation flagrantes des conventions formelles 87,98 et 158 de l’OIT relatives à la liberté syndicale et la protection du droit syndical, au droit d’organisation et de négociation, à l’encadrement du licenciement ainsi que les protocoles sur le travail décent, conventions et protocoles auxquels le Bénin a souscrit. Le PCB trouve lesdites mesures rétrogrades et fascistes et indique qu’elles ne pourraient attirer quelque investisseur sérieux qu’il soit.

Lire le communiqué du Parti Communiste du Bénin

COMMUNIQUE :
A PROPOS DE L’ALLOCUTION DU PRESIDENT TALON AUX INVESTISSEURS A BERLIN

A l’occasion de sa participation au Sommet du G-20 à Berlin les 29 et 30 octobre 2018, le Président Patrice TALON a prononcé une allocution de “marketing pour le Bénin” auprès des investisseurs étrangers. Il dit à ce propos notamment ce qui suit :

« mon gouvernement a, depuis avril 2016, mis en œuvre des réformes majeures qui concourent à faire du Bénin, l’un des espaces les plus favorables à l’investissement privé étranger. Il s’agit notamment :

– De l’assainissement du cadre macroéconomique et de la gouvernance permettant désormais au Bénin de disposer d’un cadre macro des plus stables avec l’appui du FMI ;

– de l’amélioration de l’environnement général des affaires consistant entre autres à la simplification et à la rationalisation du cadre global d’intervention du secteur privé,

– de la réforme du marché du travail, du renforcement du secteur énergétique et de la sécurisation de la propriété foncière.

– De manière concrète, …une nouvelle loi sur les conditions d’embauche dérégule désormais le recrutement et simplifie la rupture du contrat de travail. Aujourd’hui, les entreprises ont la possibilité de recruter sur contrat de travail à durée déterminée renouvelable quasi indéfiniment. Le montant des indemnités à payer en cas de licenciement est plafonné à neuf mois de salaire, quel que soit le motif de licenciement. Nous venons également de mettre en vigueur une réforme du droit de grève qui limite la durée totale des grèves à 02 jours maximum dans un même mois et à 10 jours maximum par an » (souligné par nous) (Cf “La Nation” n° 7103 du mercredi 31 octobre 2018).

Passons sur les contrevérités criardes quant à « l’amélioration de l’environnement général des affaires » au Bénin. Le dernier rapport de la Banque mondiale dans le domaine, le fameux rapport Doing Business publié le 31 octobre 2018, classe notre pays au 153ème rang dans le monde, avant dernier au sein de l’UEMOA et 12ème sur les 15 pays de la CEDEAO. Le “Bénin révélé” par Talon est vraiment loin, très loin, selon les experts mêmes des investisseurs, d’être « l’un des espaces les plus favorables à l’investissement étranger». Et c’est justice, car tout le monde voit bien que le Président Patrice Talon est toujours Chef d’entreprises, avec les conflits d’intérêts qui en résultent ; tout le monde voit la concentration des affaires dans les mains du clan du Chef de l’Etat, les tracasseries de toutes sortes contre les concurrents et investisseurs nationaux, la chasse aux petits producteurs, la vassalisation de la Justice. Tout le monde voit que l’opacité, partout dénoncée, dans la gestion du bien public, dans les contrats publics et de partenariat public-privé, ne garantit aucune assurance pour des investissements au Bénin. Par ailleurs, l’appui du FMI indique plutôt une économie fragile qu’autre chose.

En revenant aux mesures qui dérégulent le marché du travail, dont Patrice Talon semble être fier et qu’il qualifie de « mesures difficiles sur le plan social, mais indispensables pour l’investissement privé », là encore, le Président du Bénin se trompe lourdement d’époque. La « possibilité de recruter sur contrat de travail à durée déterminée renouvelable quasi indéfiniment », la liberté absolue et arbitraire de licenciement avec « le plafonnement des indemnités de licenciement à neuf mois quel que soit le motif de licenciement », l’abrogation dans les faits du droit de grève, sont des mesures propres au capitalisme sauvage sortant de l’époque du moyen âge et de l’esclavagisme. Ces mesures constituent des violations flagrantes des conventions formelles 87 ,98 et 158 de l’OIT relatives à la liberté syndicale et la protection du droit syndical, au droit d’organisation et de négociation, à l’encadrement du licenciement ainsi que les protocoles sur le travail décent, conventions et protocoles auxquels le Bénin a souscrit. Alors, si ces mesures rétrogrades et fascistes pourraient attirer quelques investisseurs rapaces, elles détonent par leur nature barbare dans le monde actuel où l’on évoque et protège non seulement l’emploi, les droits des travailleurs, la sécurité de l’emploi, mais même, la responsabilité sociétale des entreprises.

Tous les dirigeants faisant du markéting pour les investissements privés, nationaux comme étrangers, dans leur pays, insistent plutôt aujourd’hui sur la qualité de la main d’œuvre, sur le climat social apaisé, sur l’esprit d’innovation dans une large liberté d’entreprendre ; toutes choses mises à mal depuis avril 2016 par Talon.

Mais, ce qui est important et nécessaire et que les ouvriers, les employés, les travailleurs salariés ainsi que l’immense majorité de la jeunesse en quête d’emploi doivent retenir, c’est que Talon, l’homme d’affaires au pouvoir au Bénin, par ses réformes, fait d’eux des esclaves taillables et corvéables, à la merci de la surexploitation et de l’oppression des capitalistes esclavagistes.

Et face à l’esclavage, seule la lutte libère.

Cotonou, le 02 novembre 2018
Le Parti Communiste du Bénin

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