SALIFOU TIKPI ATCHADAM ET LES POPULATIONS DU TOGO

SALIFOU TIKPI ATCHADAM ET LES POPULATIONS DU TOGO

Par Joseph APEDO, Philosophe & Politologue, Genève, togo-online.co.uk

Maître Salifou Tikpi Atchadam est de toute évidence un leader charismatique et un visionnaire politique. Le chef du Parti National Panafricain (PNP) est, au sens grec du terme, un pédagogue perspicace, un vrai didaskalôs ((ς). Ce leader politique s’adresse prioritairement aux populations. Il n’a eu de cesse de mobiliser le potentiel en chaque citoyen qui prend désormais en main son destin. Les approches des sujets politiques du PNP forcent l’admiration. Novatrices, les méthodes du PNP inaugurent la modernité politique dans notre pays. Elles inscrivent les populations au cœur du politique. L’orientation sociocentrique et démographique de la chose politique nous découvrent Salifou Tikpi Atchadam comme un bon connaisseur de Michel Foucault. Celui-ci préconise “la Gouvernementalité”. Cette expression foucaldienne désigne, en toute connaissance de cause, l’action sur l’action du tiers.

Ce papier présente Michel Foucault (I), montre les doctrines politiques inadaptées à notre temps (II) et décrypte l’utilité de la variable population dans la politique du PNP (III.).

I. L’originalité de Michel Foucault

Les penseurs traditionnels donnent du pouvoir, des définitions substantives, monistes et ontologiques. Michel Foucault travaillait dans ce sens. Mais il opère un virage à cent quatre-vingts degré (180°) au milieu des années soixante-dix. À la différence des conservateurs assermentés, Foucault se départit des grandes idées et de la géographie de l’État. Il repousse toute définition idéale type, essentialiste ou figée. La méthodologie foucaldienne aborde ce qui se vit et se dit au-raz-du sol. Elle observe les instruments et les conditions spécifiques dans lesquelles les pouvoirs émergent, se maintiennent et s’érodent1. Par ses analyses contextuelles, empiriques et décloisonnées des discours et des actes de pouvoir, Foucault explore les gestes, les paroles et recherche le sens des événements.

En effet, dit-il, le pouvoir n’est pas une substance ontologique. Le pouvoir ne se trouve pas dans l’État. Le pouvoir circule partout dans la société. Le pouvoir est une relation qui dépend de la multitude des acteurs. Les agents non-officiels, les sociétés locales et les particuliers ont différentes sortes de micro-pouvoirs en leur possession. Les pouvoirs se déclinent à travers « l’opposition au pouvoir des hommes sur les femmes, des parents sur leurs enfants, de la psychiatrie sur les malades mentaux, de la médecine sur la population, de l’administration sur la manière dont les gens vivent »2 .

Le pouvoir ne relève pas de l’action programmatique en soi, mais du destinataire syntagmatique qui entérine l’offre de l’initiateur. Les acteurs sociaux créent du pouvoir toutes les fois qu’ils réagissent à des événements qu’ils orientent dans un sens plutôt que dans un autre. En d’autres termes, il n’existe pas de forme quelconque d’interaction entre des personnes qui ne traduit en même temps des relations de pouvoir : “Vivre en société, […] c’est vivre de manière qu’il soit possible d’agir sur l’action les uns des autres. Une société sans relations de pouvoir ne peut être qu’une abstraction”3. Selon Michel Foucault, qui s’est particulièrement montré incisif dans l’étude des relations sociales, les rapports sociaux sont forcément et inévitablement des rapports de pouvoir4.

Les cités, les principautés et les États sont peuplés avant tout par des êtres humains. Ainsi plutôt que le territoire et les ressources, « La population apparaît donc plutôt comme la puissance du souverain, comme la fin et l’instrument du gouvernement »5. Foucault démontre que c’est la population et non le territoire qui est au centre des activités de gouvernement depuis le XVIe siècle jusqu’à l’époque des Lumières. « L’une des premières choses à comprendre, c’est que le pouvoir n’est pas localisé dans l’appareil d’État et que rien ne sera changé dans la société si les mécanismes de pouvoir qui fonctionnent en dehors des appareils d’État, au-dessous d’eux, à côté d’eux, à un niveau beaucoup plus infime, quotidien, ne sont pas modifiés »6. La politique est avant tout une “gouvernementalité”.

Le premier sens de gouvernementalité désigne la façon de gérer des biens personnels et familiaux. La gouvernementalité a un deuxième sens qui se rapporte aux droits des obligations. En l’espèce la gouvernementalité est « une manière d’agir sur un ou des sujets agissants, et ce en tant qu’ils agissent ou qu’ils sont susceptibles d’agir. Une action sur les actions » des tiers7. Foucault écrit : « Par gouvernementalité, j’entends l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, analyses et réflexions, les calculs et les tactiques qui permettent d’exercer cette forme bien spécifique, bien plus complexe, de pouvoir, qui a pour cible principale la population, pour forme majeure le savoir, l’économie politique, pour instrument technique essentiel les dispositifs de sécurité »8.

La gouvernementalité est dévoyée dès lors que l’activité politique se préoccupe du territoire et non des hommes. Foucault nous instruit de quitter les réflexions vieillottes de Thomas Hobbes et de Nicolas Machiavel.

II. Machiavel, Bodin et Hobbes au garage

Dans le Prince de Machiavel, le potentat recherche en priorité la conservation de sa principauté. Puisque ce Prince-là détient sa principauté par héritage, par acquisition ou par conquête, Il est extérieur à la cité. Puisqu’il n’en fait pas partie, le rapport qui le lie à sa principauté est « un lien soit de violence, soit de tradition, soit encore un lien qui a été établi par des traités, des complicités ou des accords avec d’autres princes, peu importe ; de toute façon c’est un lien purement synthétique »9. Le Prince qui entretient des rapports d’extériorité et de transcendance avec sa principauté, n’a pas d’autre but que la conservation dudit territoire. Aussi concentre-t-il par la force, le pouvoir dans ses mains en inspirant la crainte à ses sujets.

Dans l’opuscule qu’il destine à Laurent de Médicis, le Florentin met en exergue la métaphore du simulacre. Le Prince utilise la ruse10 du renard (diplomatie) et la force11 du lion (militaire) pour protéger ses intérêts et consolider ses conquêtes territoriales. Les populations ne l’intéressent pas.

En théorisant sur la nécessité du pouvoir absolu pour assurer la paix civile, Bodin12 déclare également vouloir éviter le risque d’indiscipline ou le refus d’obéir (ob-audire). La désolation de la société de son époque résulte de l’indiscipline des moines religieux qui se sont révoltés contre l’autorité ecclésiale. Les coûts sociaux des rebellions étant redoutables, Bodin préconise de les surmonter par l’affirmation de la suprématie absolue de l’État13. Une telle institutionnalisation serait indispensable à la protection des personnes et des patrimoines, pour autant, note-t-il, que la puissance royale elle-même soit subordonnée au droit divin, à la loi fondamentale de l’État et à la justice naturelle.

Enfin Thomas Hobbes a théorisé sur l’absolutisme au motif que l’égalité de fait à l’état de nature était la principale cause du malheur des hommes. L’état de nature est une situation de guerre de tous contre tous où les faibles, alors exposés aux exactions des plus forts, tentent également de se faire justice. Partant des conséquences de la tyrannie de Cromwell, Hobbes théorise sur l’invention du pacte civil par l’abdication des forces respectives de chacun entre les mains du prince, qui dispose du droit d’usage de la force, pour protéger ses intérêts et défendre ses sujets14 : « … that right which every man had before to use his faculties to his own advantage, is now wholly translated on some certain man, or council, for the common benefit»15.

Cette brève incursion dans l’épistémologie foucaldienne et ce rappel des doctrines machiavéliennes, bodiniennes et hobbésiennes du pouvoir nous préparent à l’évocation des variables démographiques chez Tikpi Atchadam.

III. LES POPULATIONS DANS LA POLITIQUE D’ATCHADAM

Le RPT-UNIR a réduit les habitants de la Terre de Nos Aïeux à l’état de masses. Avec Tikpi, les Togolais sont devenus Peuple au sens historique et politique, c’est-à-dire des femmes et des hommes capables d’initier et de soutenir des projets libérateurs.

Grâce à l’impulsion du PNP, les populations togolaises des villes, des campagnes et des diasporas se sont mises debout dès le 19 août 2017. Le peuple togolais est résolument debout et en marche pour le changement. Le peuple réclame la fin de l’autoritarisme cinquantenaire du RPT-UNIR et clame le droit d’être chez soi, de prendre des décisions utiles et d’assumer son propre bonheur.

SALIFOU TIKPI ATCHADAM ET LES POPULATIONS DU TOGO

Pendant que les populations exigeaient dès le 19 aout 2017, l’Etat de droit démocratique, certains savants universitaires siégeaient dans un pseudo colloque aux fins d’évaluer la Constitution du Togo de 1992 (C92) arbitrairement suspendue par le régime en place. Ces pontes de l’intelligentsia togolaise qui tenaient leur colloque contre les aspirations du Peuple semaient la confusion dans les esprits. Ils déniaient la vitalité de la variable démographique. Qui a dit que c’est des intellectuels tarés ?

À ces éminences grises « grisées » par leur évaluation de la C92, je réitère que les réformes voulues par les Togolais doivent respecter les variables démographiques. Car les soi-disant savants universitaires tentent de nier les dynamiques des populations au nom de leur pseudo science. Je ne les suivrai pas.

J’ai écrit et j’assume entièrement que la CEDEAO doit prononcer un Mandat sur le Togo16. Car il s’agit donner la protection internationale à nos populations meurtries par cinq décennies d’autoritarisme. Une fois que le Togo devient un pays mandataire de CEDEAO, les réformes institutionnelles, constitutionnelles et électorales doivent respecter le poids démographique des Régions17. Cela veut dire que la Capitale du Togo, Lomé, doit être considérée comme elle est, une Région urbaine de portée régionale, au même titre que les cinq autres régions du pays18. Une telle base permettra d’initier la politique de Décentralisation en bonne et due forme respectueuse de la démographie.

L’un des grands mérites de Tikpi ATCHADAM est d’activer les ressources démographiques, de parler un langage clair et de porter les espérances du peuple. Nous devons capitaliser son approche. Ainsi le prochain Parlement du Togo sera une Assemblée Nationale représentative des populations togolaises.


1 Michel Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France 1978-1979, Hautes Etudes, Gallimard-Seuil, 2004, pp. 4-5.
2 Foucault M., “Deux essais sur le sujet et le pouvoir”, Un parcours philosophique, Paris, Gallimard, 1984, p. 301.
3 Foucault Michel, “Deux essais sur le sujet et le pouvoir”, Un parcours philosophique, Paris, Gallimard, 1984, p. 316.
4 Foucault M., 1984, “Deux essais sur le sujet et le pouvoir”, Un parcours philosophique, Paris, Gallimard.
5 Michel Foucault, “La gouvernementalité” [1978], in Dits et écrits, t. II, 2001, pp. 635-657, p. 652.
6 Sylvain Meyet, Marie-Cécile Naves et Thomas Ribemont (sous la dir.), Travailler avec Foucault. Retours sur le politique, Cahiers politiques, L’Harmattan, 2005, p. 41. Cf. Michel Foucault, “De l’archéologie à la dynastique” [1972], in Dits et écrits, t. II, 1994, pp. 406-409.
7 Michel Foucault, “Le sujet et le pouvoir”, in Dits et écrits, t. IV, 1994, p. 237. Cf. Frédéric Gros, Michel Foucault, Que sais-je ? Paris, 2007, p. 85.
8 Michel Foucault, « La gouvernementalité », Dits et écrits, 1978, p. 655.
9 Miche Foucault, « La gouvernementalité », Dits et écrits II, 1976-1988, p. 638.
10 Derrida, Jacques, « Le loup oublié de Machiavel », [texte inédit] in Le Monde Diplomatique, n° 654, Septembre 2008, p. 3.
11 Machiavel, N., Le Prince, UGE, Paris, chap. XVIII.
12 Jean Bodin, Les six livres de la République
13 Kriegel Blandine, La République incertaine, Paris, Quai Voltaire, 2nde Édition, 1992, pp. 8-9.
14 Thomas Hobbes, Le Léviathan, cf. chap. XIV et XXI.
15 Hobbes Thomas, 1983, De Cive, The English version, Oxford: Clarendon.
16 https://togo-online.co.uk/opinions/le-togo-sous-mandat-de-la-cedeao/
17 https://togo-online.co.uk/togo/reformes-electorales-soutenables-au-togo/
18 http://www.27avril.com/blog/opinion/quappelle-t-on-nouveau

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