Feuille de route de la CEDEAO : Les recommandations ont-elles été traficotées par le pouvoir ?

Feuille de route de la CEDEAO : Les recommandations ont-elles été traficotées par le pouvoir ?
Robert Dusssey, ministre des Affaires étrangères togolais

Par Abbé Faria, Journal Liberté N°2727 du Vendredi 03 Août 2018

Les recommandations de la CEDEAO sont connues depuis mardi soir. Mais voilà, la mouture lue par le ministre des Affaires étrangères togolais Robert Dussey et versée dans la masse, fait débat dans l’opinion. Pour certains, ce n’était manifestement pas l’originale, mais une version traficotée et étêtée de certains passages. Bien plus, des ajouts auraient été faits à d’autres parties.

C’est d’abord à la 4ème sous-recommandation de la recommandation 38 que la chose se révélerait. « Le renforcement du processus électoral, en particulier le fonctionnement effectif avec une participation inclusive de l’ensemble des acteurs à la CENI », telle serait la version originale. Mais la mouture présentée par Robert Dussey dans la salle du 2 Février à l’issue du sommet des chefs d’Etat se serait juste limitée au « renforcement du processus électoral », comme si le reste de cette phrase n’avait pas sa valeur.

Ensuite la recommandation 46 (dans la mouture originale) transformée en 50 dans la version serait également traficotée. Et qu’en lieu et place de : « La conférence des chefs d’Etat décide d’instituer un comité de suivi composé des représentants des Facilitateurs et de la Commission de la CEDEAO pour assurer le suivi de la mise en oeuvre des présentes décisions », voici ce qui aurait été présenté : « La conférence des chefs d’Etat décide d’instituer un comité de suivi composé des représentants des facilitateurs, de la majorité au pouvoir, de la coalition des 14 partis de l’opposition et de la Commission de la CEDEAO pour assurer le suivi de la mise en oeuvre des présentes décisions ».

Du coup les supputations et commentaires vont bon train. Certains observateurs voient en cet état de fait deux bonnes raisons. D’abord, le régime de Faure Gnassingbé s’est, de façon unilatérale, lancé dans un processus électoral, sans associer les partis de la Coalition de l’opposition. Lorsque ceux-ci se décideront à venir prendre le reste des places qui leur sont laissées à la Commission électorale nationale dite indépendante (CENI), ils ne pourraient manifestement plus remettre en cause le travail –miné- déjà accompli. En d’autres termes, le pouvoir avait pour objectif d’occulter cette partie pour que les forfaitures déjà posées, soient consommées. Rien qu’avec ce bout de phrase – la partie enlevée dans la version originale de la recommandation 38 -, c’est tout ce qui aurait été déjà effectué comme travail qui doit être laissé de côté. Et quand on prend en compte la recommandation 40 (version authentique) qui dit : « La conférence se réjouit des dispositions envisagées par le gouvernement togolais dans la préparation, l’organisation et le déroulement d’élections transparentes, crédibles et inclusives à travers notamment l’accélération et la finalisation du recensement électoral pour établir des listes électorales fiables, la possibilité pour les Togolais vivant à l’étranger de voter dans leurs lieux de résidence lors des élections nationales, le déploiement des observateurs électoraux », il apparait clair que le temps des dés pipés en matière électorale soit révolu avec cette recommandation.

La seconde raison tiendrait à la composition du comité chargé du suivi de la mise en oeuvre des recommandations. A ce niveau également, les grincements de dents ne viendraient pas du camp de l’opposition, étant entendu que durant tout le processus de dialogue, ce n’est pas elle qui a souvent fait du dilatoire ; ce n’est pas non plus elle qui demande des suspensions de travaux pour retourner consulter un mentor imaginaire. Aussi, un comité de suivi incluant ces deux parties irait d’incompréhension en incompréhension. Et en les extirpant de ce comité, celui-ci aurait les coudées franches pour faire son travail.

Les actes antérieurs posés par le régime de Faure Gnassingbé confortent nombre de Togolais dans le sentiment qu’il est capable de tripatouiller les recommandations. Par exemple, en février 2018, Lomé avait accueilli la 18ème session extraordinaire du conseil des ministres de la CEDEAO. Bien qu’à l’issue de l’audition de candidats aux postes statutaires de l’organisation, un certain Nour-Dine Assindoh ait été retenu pour être Directeur général du GIABA (Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest), son nom fut tronqué par celui de l’actuel locataire au GIABA, le magistrat Kimelabalou Aba, sorti de nulle part. Assurément sur ordre du pouvoir.

De plus en février 2012, c’est le rapport de la Commission Nationale des droits de l’Homme (CNDH) confirmant les actes de torture sur les détenus dans l’affaire Kpatcha Gnassingbé qui fut traficoté et son Président Koffi Kounté, menacé, avait dû fuir le Togo pour sauver sa vie. Aujourd’hui, c’est à l’international que le pouvoir excelle, malheureusement.

Les mauvaises habitudes ont la vie dure.

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