Sortie de crise / Processus électoral : Cette (autre) méprise de la CEDEAO sur le pouvoir RPT/UNIR

Sortie de crise / Processus électoral : Cette (autre) méprise de la CEDEAO sur le pouvoir RPT/UNIR
Muhammadu Buhari, Pdt en exercice de la CEDEAO

Par Tino Kossi, Journal Liberté N°2774 du Jeudi 11 Octobre 2018

Le processus électoral conduit unilatéralement par le pouvoir Faure
Gnassingbé et dont l’une des séquences en date est le recensement au pas de charge va de plus en plus vers un échec programmé. En cause, la mauvaise foi légendaire du pouvoir RPT/UNIR. Mais la situation présente ramène au goût du jour les nombreux manquements de la CEDEAO dans sa feuille de route rendue publique le 31 juillet dernier à Lomé ou ses méprises sur la réelle nature du régime en place.

Violation frontale des décisions du Comité de suivi

On le redoutait et l’annonçait depuis un moment dans nos parutions, les faits confirment nos appréhensions. « CENI : L’attelage pouvoir-UFC à l’oeuvre pour retarder la prise de service des délégués de la C14 », alertions-nous dans la parution n°2771 du 08 octobre 2018. Le pouvoir RPT/UNIR et son alliée l’Union des forces de changement sont en train de parvenir à leur fin. Ce mardi, l’Assemblée nationale n’a pas pu élire tous les huit (08) représentants de la Coalition de l’opposition à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) version recomposée. S’ils ont confirmé les délégués des partis extra-parlementaires et de la société civile, les députés des différentes obédiences ne seraient pas parvenus à s’entendre sur les représentants des partis de l’opposition parlementaire. En cause, les manoeuvres du régime pour tailler une place à son partenaire l’UFC. Une violation ouverte des décisions de la 2e réunion du Comité de suivi de la mise en oeuvre de la feuille de route de la CEDEAO.

En effet cette rencontre tenue le 23 septembre dernier à Lomé était pourtant claire. Il a été convenu de la mise en place d’une « CENI plus inclusive et plus équitable » et le relevé de conclusions rapportait noir sur blanc : « Il est reconnu le droit et la liberté pour chacune des deux parties, comme le prévoit la loi, de désigner librement ou de maintenir ses représentants ». Les parties dont il est question ici, ce sont le pouvoir RPT/UNIR et la Coalition de l’opposition. La C14 a choisi ses représentants, conformément à cette décision ; mais ce droit de désigner librement ses délégués est violé par le pouvoir qui veut absolument lui imposer l’UFC. L’effet induit de ce blocage sur la désignation des représentants de l’opposition parlementaire, c’est évidemment le retard de la prise de fonction des délégués de la C14, de la définition d’un nouveau chronogramme et du déroulement des autres tâches. La question du vote de la diaspora ne semble pas préoccuper le pouvoir.

Cette attitude consistant à aller en travers des décisions de la CEDEAO n’est que la résultante des méprises de l’institution communautaire sur le régime en place. Ce blocage volontaire créé par l’Assemblée nationale ou plutôt son Président Dama Dramani est une violation flagrante des décisions de la réunion du Comité de suivi.

La transition politique, l’autre grand manquement

Avant le sommet de la CEDEAO annoncé à Lomé le 31 juillet pour plancher, entre autres, sur la crise politique au Togo, la Coalition de l’opposition qui a incarné la lutte politique et les aspirations légitimes du peuple togolais, avait soumis aux émissaires des Facilitateurs venus à maintes reprises dans nos murs pour écouter les protagonistes, des propositions concrètes, lesquelles visent juste une sortie de crise paisible. Et l’une des plus marquantes est la suggestion d’une transition politique.

Dans l’état d’esprit de la Coalition, cette transition politique avait pour
objectif de créer les conditions d’une mise en oeuvre sans heurts des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales, bref une sortie paisible de la crise politique. Si au départ cela s’entendait d’une remise à plat du gouvernail et des institutions en place, avec le départ immédiat de Faure Gnassingbé du pouvoir, l’opposition a évolué sur cette question. Elle a fini par concevoir que l’« homme simple » reste et assure jusqu’en 2020 les destinées du pays, mais exigeait la nomination d’un Premier ministre dans ses rangs – des noms avaient
circulé allant du Prof Komi Wolou du PSR et de la C14 Me Raphael Kpande-Adzaré de Togo Debout en passant par l’ancien ministre Pascal Bodjona très consulté par le Facilitateur ghanéen – et la formation d’un gouvernement de transition pour conduire tout ce processus et préparer les élections.

Une transition politique avec les prérogatives bien définies aurait le mérite d’arracher au RPT/UNIR l’autorité de régence du processus électoral et de sortie de crise, comme il s’illustre actuellement. Mais cette proposition sensée n’avait pas intéressé la CEDEAO qui croyait sans doute pouvoir compter sur la bonne foi de Faure Gnassingbé. On se rappelle qu’à la publication de la feuille de route ce 31 juillet 2018 à Lomé, le régime cinquantenaire et ses caisses de résonance s’étaient gaussés de la Coalition que cette revendication a été enrobée. Aujourd’hui les conséquences de ce manquement sont notoires. Le Président de la Commission de la CEDEAO, l’Ivoirien Jean-Claude Brou et les différents émissaires n’ont de cesse de clamer leur volonté de faire organiser des élections transparentes et crédibles au Togo Mais ce qui se passe actuellement est loin de cet idéal.

La situation présente n’est que la résultante de la somme de méprises de l’institution communautaire sur le pouvoir en place. C’est sa mollesse qui entretient cet obscurantisme des tenants du régime Faure Gnassingbé. Il a été promis la sortie d’un chronogramme. Il était même question d’envoi de forces étrangères pour sécuriser le processus électoral. Mais Dieu seul sait ce qu’il en est aujourd’hui. La CEDEAO a simplement mésestimé les réelles capacités de nuisance du pouvoir en place, habitué à violer
ses engagements. Et pourtant la Coalition de l’opposition, la société civile engagée et le commun des citoyens se sont tués à attirer l’attention des Facilitateurs, des Chefs d’Etat et des autres émissaires de la CEDEAO sur cette versatilité des tenants du pouvoir. Qu’à cela ne tienne, l’institution communautaire a encore la possibilité de se reprendre et d’imposer son autorité au pouvoir Faure Gnassingbé. Cela peut passer par exemple par la convocation d’un sommet extraordinaire des Chefs d’Etat et de gouvernement au cours duquel il devrait être décidé du report des élections législatives – la date du 20 décembre indiquée par la CEDEAO sert de prétexte au pouvoir pour fouler aux pieds certaines étapes importantes du processus –, des sanctions et bien d’autres mesures draconiennes…

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