UNION AFRICAINE EN MAURITANIE : Entre inefficacité, absence d’autonomie financière et espoir

Par Dr Yves Ekoué AMAÏZO

UNION AFRICAINE EN MAURITANIE : Entre inefficacité, absence d’autonomie financière et espoir
Dr Yves Ekoué AMAÏZO

Les dirigeants de l’Union africaine (UA) se sont réunis à Nouakchott en Mauritanie le 1er et 2 juillet 2018, ce en respect des deux réunions annuelles des Chefs d’Etat africains membres de l’Organisation panafricaine. Bien que la corruption fût le sujet à l’ordre du jour, la problématique de la non-paix a repris ses droits. Une avancée, sur papier du moins, avec l’accord signé pour mettre fin à la guerre civile au Soudan du Sud. Mais, ce qui ne doit pas passer pour anodin est le fait que le Sahara Occidental a été représenté sans que le Maroc ne quitte la conférence1. Le drapeau de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dit aussi le Sahara occidental a flotté parmi les drapeaux de l’Union africaine, mais bien loin de celui du Maroc. Alors, on avance ou on recule avec ces chefs d’Etat africains qui n’arrivent pas à innover afin de réduire leurs dépenses en utilisant les vidéo-conférences, les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Pourtant, il est possible de réduire à une au lieu de deux actuellement, les conférences annuelles ordinaires de l’Union africaine2.

2018 est l’année où l’Afrique devrait pouvoir progresser sur les trois principaux sujets récurrents de l’organisation panafricaine : La paix et la sécurité sous forme de la prévention et de la résolution des conflits continentaux, l’intégration régionale et continentale et surtout l’amélioration de l’indépendance financière par une contribution effective et régulière de chacun au fonctionnement de l’UA. Le bilan à mi-parcours reste mitigé :

  • un léger progrès pour la résolution des conflits (Sud Soudan, Centrafrique…) ;
  • une zone de libre échange continentale sur papier (44 pays africains sur 55), et ;
  • une absence d’autonomie financière de l’UA persistant en faveur de l’Union européenne.

1. UN SENTIMENT DE MANQUE D’EFFICACITÉ COLLECTIVE DES CHEFS D’ETAT AFRICAINS

Avec moins de 16 % de commerce intra-africain, les sujets comme l’intégration régionale et continentale se heurtent à la volonté accélérée mais sans consensus d’aller vers une zone de libre échange continentale (ZLEC) sans préparation réelle. En effet, au moins 11 pays africains n’ont pas signé l’accord de Kigali au Rwanda le 21 mars 2018 sur la ZLEC. Par ailleurs, les ratifications au niveau des parlements nationaux risquent de s’éterniser dans le temps. Le grand marché commun africain s’inscrit dans le lointain…. Vers 2063 s’il n’y a pas de retard, alors que l’Afrique du sud et le Nigeria n’y ont pas encore souscrit. Pour ce faire, la levée progressive des droits de douane sur près de 90 % des produits africains risque de ne pas voir le jour en 2019 comme prévu.

D’autres sujets comme la lutte contre la corruption, les migrations massives, les changements intempestifs des Constitutions pour se maintenir au pouvoir contre la volonté des peuples africains, apparaissent de plus en plus se nourrir des erreurs et des irresponsabilités de certains des chefs d’Etat africains, ce à l’aune de leurs politiques appliquées sans discernement.

Le rejet par la jeunesse africaine de la langue de bois et les multiples non-respects unilatéraux par les dirigeants africains des principes régissant un Etat de droit fondé sur la vérité des urnes, forcent les dirigeants européens à faire profil bas. En effet, outre une grande part de leur entière responsabilité, sans compter les soutiens tacites aux autocrates et corrompus africains, tant dans le secteur public que dans le secteur privé et même au sein de certaines organisations non gouvernementales (ONG) instrumentalisées par les Etats, c’est surtout un sentiment d’inefficacité qui ressort collectivement de ce 31e sommet de l’Union africaine. Mais, l’efficacité n’est pas un critère d’exclusion du sommet.

2. SOMMET CONTINENTAL POUR RÉGLER D’ABORD DES PROBLÈMES BILATÉRAUX

Près de 40 chefs d‘Etats africains sont venus dans la capitale mauritanienne pour d’abord discuter et régler surtout leurs problèmes bilatéraux. Ou bien pour monnayer des appuis, afin d’aboutir à ce fameux consensus africain qui s’obtient au prix d’un retard considérable dans l’avancement des dossiers. Le monde n’attend pas le bon vouloir des chefs d’Etat africains.

Aussi, pour ne citer que certains cas visibles, le président en exercice de l’Union africaine et président du Rwanda, Paul Kagamé, n’a pas ménagé ses efforts pour obtenir le soutien de ses pairs à la candidature de sa ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ceux qui ne partagent pas sa volonté d’avancer vite au sein de l’UA, pourraient le lui rappeler en octobre lors du vote pour maintenir l’actuelle présidente canadienne (ex-haïtienne) Michaëlle Jean, malgré les critiques, fondées ou non fondées, sur une gestion ostentatoire de l’organisation. Bref, le Président Macron a annoncé son choix dans le cadre d’un système de « don-contre-don » avec le Rwanda. L’élection de celle qui dirigera l’OIF après les élections d’octobre 2018 pourrait réserver plus de surprises, si les ressentiments contre la France prennent de l’ampleur. Certains pays africains pourraient même refuser de s’aligner sur la France et le Rwanda. Affaire à suivre !

En République démocratique du Congo, l’Union africaine tolère une éventuelle candidature du Président Joseph Kabila pour les élections prévues pour le moment le 23 décembre 2018 alors que ce dernier n’a plus aujourd’hui de base constitutionnelle qui justifie actuellement son maintien à la tête de l’Etat. Au Togo, c’est une modification unilatérale de la Constitution avec un vice de forme et un vice de procédure sans respect du parallélisme des formes juridiques, qui conduit l’Union africaine à entretenir le Statu quo dans ce pays. Autrement dit, n’en déplaise à certains chefs d’Etat qui croient que l’affirmation vaut vérité, le syndicat des chefs d’Etat africains continue bien d’exister mais sur des bases plus subtiles, avec parfois l’intéressement des oppositions factices à leur jeu politique sordide et anti-démocratique. Autrement dit, sans le soutien de la force militaire brutale et surtout la politique des deux-poids-deux mesures de certains pays occidentaux et africains, l’exécutif de la RDC, comme du Togo, reflèteraient davantage les aspirations des peuples africains. L’Union africaine ne s’implique que pour préserver le statu quo. Les populations devront s’en rappeler lorsqu’elles auront la possibilité de voter librement en Afrique.

Apparemment pour certains, c’est le dernier de leur souci !

3. G5 SAHEL SANS BUDGET : MACRON FACE AUX RÉALITÉS

Le Président d’honneur est le Président français, Emmanuel Macron, qui voit son agenda gâché par l’attentat-suicide du 29 juin 2018 contre le quartier général du G5 Sahel à Sévaré, au Mali avec au moins 4 morts et plusieurs blessés dont des civils et 4 militaires français. Malgré le fait que le G5 se trouve dans un état de précarité, avec un budget très limité, sans véritable prévention satellitaire, mais doté d’une communication hors pair sur un G5 Sahel qui regroupe le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Mauritanie et le Tchad. Le G5 Sahel est symboliquement financé par les pays africains membres, mais principalement soutenu financièrement par la France et l’Arabie Saoudite. Il faut croire que ce haut-lieu symbolique anti-jihadiste était devenu un symbole à détruire. Une voiture piégée a permis à au moins deux kamikazes vraisemblablement appartenant à des groupes décentralisés d’Al Qaïda, tels que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, principale alliance jihadiste du Sahel de frapper lâchement le Mali et indirectement la France et l’Afrique.

La lutte contre le terrorisme ne peut se faire sur la base d’agendas doubles des uns et des autres. Certains comme le Président Malien, Ibrahima Boubacar Keïta, dit IBK, rencontrent des difficultés à faire leur bilan sur la pacification du pays. Le Mali est le parfait exemple de l’inefficacité de la « guerre » contre le terrorisme et du retour à la cohésion nationale. L’absence d’inclusivité des populations sur de véritables actions de sécurité, de développement et d’intégration est patente. Ainsi ce n’est sans doute pas un hasard si les régions où se propagent les dissidences sont aussi les régions où la pauvreté permet aux groupes terroristes, financés surtout de l’extérieur mais aussi par les accaparements anarchiques des richesses du sous-sol, de recruter et de sévir. Sans une véritable logistique satellitaire dont le coût pourrait baisser si les technologies russes et chinoises étaient appelées au secours, les populations autochtones peuvent se faire du souci en regard de la capacité des groupes jihadistes et dissidents de continuer à semer la zizanie au Mali et vraisemblablement au Burkina Faso, Niger et peut-être dans tous les pays du G5 Sahel.

Mais, la France perd du terrain au plan économique face à la concurrence internationale et chinoise en particulier. Aussi, le Président Macron ne ménage pas sa peine pour diversifier la présence française en Afrique avec une véritable attraction pour le Nigéria où les souscripteurs de contrats dans le domaine des hydrocarbures (gaz et pétrole), ou des équipements sécuritaires contre le terrorisme, pourraient ne plus se tourner vers la France mais vers des richissimes nationaux ou des Asiatiques.

4. MIGRATION CIRCULAIRE : POURQUOI PERSONNE N’EN VEUT ?

La France, qui souhaiterait passer la main et surtout le financement aux Africains de son opération Barkhane, se rend compte du niveau de sécurité précaire des soldats africains et français qui méritent tout le soutien des Peuples africains et français.

Alors à quand les militaires africains qui assurent la sécurité de l’Afrique au lieu d’être cités régulièrement pour des actes de violation des droits humains et d’abus de pouvoir sur les populations civiles africaines ici et là, au Togo en particulier ? Tout cela pour se maintenir au pouvoir par peur de se retrouver au chômage de longue durée et rejoindre le rang des Africains en migration permanente au sein de l’Afrique, avant de se lancer vers les pays de ceux qui sont venus les empêcher d’avoir des opportunités chez eux en Afrique ?

Il suffit pourtant que l’Union Africaine choisisse comme thème de sa prochaine conférence statutaire ou extraordinaire la « migration circulaire » pour proposer une solution africaine en contre-exemple à ce qui apparaît de plus en plus comme la mise en place de futurs camps de concentration en Europe comme en Afrique.

La réalité est que l’Europe se dépeuple et a besoin de forces vives. Donc pourquoi ne pas les choisir en Afrique selon les périodes, les saisons, les expertises disponibles ? Mais les dirigeants africains ne sont pas des « candidats » au retour de leur diaspora africaine, sauf si ces Africains « expatriés » retournent au pays pour s’aligner sur la loi de celui qui est au pouvoir afin de partager le gâteau en toute exclusivité. Alors, cette « histoire de migration », c’est le python qui avale sa queue… il va bien finir par s’asphyxier. Au demeurant, c’est bien cette asphyxie qui pousse l’Italie, mais aussi d’autres pays européens dont l’Autriche et le groupe de Visegrád à savoir Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie, à rejeter le partage par quota des migrants et des réfugiés politiques sur le sol de l’Union européenne.
La réalité est aussi que l’Allemagne décide souvent de manière unilatérale sur ce sujet et tente de convaincre ensuite ses voisins. Notamment sur les « centres secondaires de rétention des migrants » qui vont voir le jour entre l’Autriche et l’Allemagne afin de déterminer les pays où ces migrants devront être renvoyés. Vers le premier pays européen d’entrée officielle en Europe, ou plus discrètement vers l’Afrique, où d’autres centres secondaires ont déjà vu le jour et ont permis de mettre en lumière les pratiques esclavagistes comme en Libye ou d’exploitation des migrants ailleurs.
Mais qui a fait la guerre et porté le chaos en Libye ? Qui a oublié de penser à l’après-Kadhafi, la reconstruction, la démocratie et le vivre ensemble ? Certainement pas l’Union africaine. Si d’ailleurs, la solution pacifique de l’Union africaine avait été adoptée, la crise migratoire n’aurait pas lieu aujourd’hui en filigrane la déstabilisation de la région du Sahel et au-delà.

Bref, la migration circulaire reste la solution si l’Afrique en accepte d’abord le principe. Mais le retour de cette Diaspora sur le sol africain pourrait à terme conduire à des alternances politiques accélérées et un chômage de longue durée pour certains dirigeants, surtout que les avoirs de ces derniers sont systématiquement « saisis » et « récupérés » avec un retour pour l’Afrique ne dépassant pas les 10 %.

5. UNION AFRICAINE : IMPROBABLE AUTONOMIE FINANCIÈRE ?

Le niveau élevé atteint par la fuite des capitaux, l’évasion fiscale, pratiqués par les dirigeants africains ou leurs amis étrangers, politiques ou ethniques fait honte à l’Afrique et surtout la prive d’énormes moyens qui pourraient servir au développement et au bien-être de ses populations. Le manque à gagner du fait des détournements des richesses et de l’épargne des Africains par les réseaux criminels de la drogue, de la prostitution, de la migration et des armes sont des sujets que même les « huis clos légendaires » n’osent pas aborder tant certains dirigeants y sont intimement liés ! Parfois à la solde de puissances extérieures à l’Afrique, privées comme publiques.

Alors le problème de financement de la sécurité des Africains contre le terrorisme jihadiste est-il secondaire par rapport au problème de sécurité et de maintien des dirigeants africains au pouvoir ?

Pourtant, la corruption3, thème principal de la 31e conférence de l’Union africaine, a savamment éludé le fond du problème. La corruption représente entre 25 % et 40 % de manque-à-gagner pour le mieux-être de 1,2 milliards d’Africains4. Malgré cela, les dirigeants africains ont allègrement survolé les discussions en oubliant de se concentrer sur la recherche des corrupteurs et donc des corrompus.

Personne n’est donc responsable en Afrique.

En juin 2017, les Chefs d’Etat africains s’étaient engagés à financer, sur fonds africains, 75 pour cent des programmes de l’UA d’ici 2020, dont au moins 25 pour cent pour les activités de paix, sécurité et 100 % du budget de fonctionnement, dont l’ensemble des couts administratifs et opérationnels. En 2017, les programmes restent largement financés par l’Union européenne. Le fonctionnement de l’UA n’est financé qu’à hauteur de 14 %. Les engagements ne sont donc pas tenus. Mais personne n’est mis à l’index, encore moins sanctionné. Des ressources additionnelles et alternatives sont proposées mais leur mise en oeuvre se heurte à une viscosité décisionnelle qui témoigne du refus de croire collectivement au principe de subsidiarité. Des ressources supplémentaires devaient provenir d’une taxe de 0,2 % sur toutes les importations d’une liste de produits éligibles. Mais c’est une chose de faire des propositions, c’est une autre de la mettre en oeuvre. Cette subtile distinction est au coeur du mal-fonctionnement de l’Union africaine malgré des efforts certains de certains chefs d’Etat de n’avancer qu’avec les volontaires d’abord. Pour libérer les alternatives, il y a besoin de mettre fin à l’autocensure des Africains5.

6. REFUS DU PRINCIPE DE SUBSIDIARITE ET DE CONSOCIATIVITE ?

Faut-il croire à la capacité des chefs d’Etat à auditer l’Afrique, selon la formule consacrée, à savoir, un audit à l’africaine ? Assurément pas ! L’audit s’est résumé à la « mise en place d’une feuille de route pour éradiquer la corruption en Afrique ». Un vaste programme qu’ont proposé les experts africains puis les ministres africains en prélude à la 31e conférence des chefs d’Etat africains ! Autrement dit, l’Afrique des chefs d’Etat a-t-elle peur de ses propres turpitudes face à un réveil intermittent des citoyens et des peuples africains ? Pourtant sur le terrain, c’est bien la complaisance qui sévit et rend cette corruption de grande envergure comme de proximité persistante.

Il n’y aura jamais de « souveraineté politique » pour l’Afrique sans une autonomie financière de l’Union africaine. Il y a d’abord un vrai problème de transfert de pouvoir effectif du national vers le supranational. Le principe de subsidiarité n’est pas du tout accepté par les chefs d’Etat africains. Aussi, le dire est un crime de lèse-majesté.

Ainsi, au lieu de poser clairement le problème, les dirigeants tournent autour du pot en proposant un « rapport sur une réforme institutionnelle de l’UA » avec comme objectif d’avancer l’autonomie financière et retrouver sa souveraineté politique. Cette importante « réforme » a été confiée au Président rwandais. Comment réformer le budget de l’Union africaine lorsque plus de 50 % du budget de fonctionnement provient des contributeurs étrangers, alors que les programmes opérationnels sont financés à près de 97 % par l’extérieur, principalement par l’Union européenne. Lorsqu’une partie du paiement des salaires des soldats de la mission de l’UA en Somalie (AMISOM) est payée par l’Union africaine et que des désaccords persistent sur la disparition d’une partie de cette somme au niveau même de l’Union africaine, de simples problèmes de gouvernance interne à l’Union africaine sont à corriger en premier lieu.

Les Africains doivent donc savoir que l’essentiel des projets de l’UA ne sont exécutés que si l’Union européenne le « veut » bien et 50 % des salaires des fonctionnaires de l’UA proviennent des dons et prêts étrangers. Parler de dépendance relève de l’euphémisme. Il s’agit d’une servitude volontaire de la grande majorité des chefs d’Etat africains. Alors les effets de manche, de souveraineté et de « résolution des problèmes africains par les Africains » comme claironnés partout par certains chefs d’Etat, relèvent de la pure « communication » de façade. En réalité, de nombreux dirigeants sous le couvert de parler d’une même voix pour choisir un candidat africain à un poste extérieur à l’Afrique, refusent en fait de mettre en pratique les principes de subsidiarité et de consociativité.
Si le transfert de pouvoir du national vers le supranational se comprend avec la notion de subsidiarité, il importe de noter que la consociativité associe subtilement les notions comme le consensus, l’association et la démocratie participative afin de permettre de gouverner et de prendre des décisions à la majorité des voix tout en assurant le respect des minorités afin de faire vivre ensemble différentes parties d’une société plurielle (religion, langues, ethnicités, etc.). Dans la pratique, cela suppose aussi que les répartitions des postes de pouvoir doivent obligatoirement permettre une large représentativité de tous les segments de la population africaine. Ce n’est pas tout à fait le cas au sein de l’Union africaine. Pourtant, plusieurs pays comme la Suisse, les Pays-Bas, la Belgique ou encore Israël ont mis en application une forme adaptée à leur culture de la consociativité.

7. OEUVRER POUR LE BIEN-ÊTRE DES AFRICAINS : VÉRITABLE PRIORITÉ DES DIRIGEANTS AFRICAINS

Pourtant la solution existe. Les pays d’Afrique de l’Ouest regroupés au sein de la Communauté Economique et de Développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont accepté le principe de la subsidiarité en acceptant qu’une taxe sur les importations puisse être « reversée » automatiquement pour le financement de l’institution sous régionale. Depuis, la CEDEAO n’a plus connu de grandes difficultés pour son budget de fonctionnement. Pourquoi ce principe qui a fonctionné avec succès au niveau d’une structure sous régionale, n’arrive toujours pas à être adopté au niveau continental ? Le Président Kagamé propose dans sa réforme pour un financement pérenne de l’UA* [voir en fin d’article une interview sur le sujet avec Africa 24 TV] un « prélèvement d’une taxe de 0,2 % sur des importations dans chaque pays ». La réponse collective6 n’est paradoxalement pas un « oui » massif mais bien un « oui, mais plus tard ». Les raisons invoquées sont multiples et variées et dénotent simplement une absence de volonté de construire ensemble l’espace panafricain dans le cadre d’une autonomie financière.

Pression extérieure ? Hypocrisie généralisée ? Réel problème budgétaire ? Trahison du panafricanisme ? Bref, la vraie raison est le refus collectif de mettre en oeuvre les principes de subsidiarité et de consociativité7 ! En parler en toute transparence pourrait finalement être un véritable point de départ des réformes de fond de l’Union africaine. Encore faut-il rechercher l’efficacité et moins la bureaucratie et les coûts induits liés aux fonctions de « bons offices, de médiations, de facilitateurs », confiés à un ou plusieurs chefs d’Etat, sans que cela ne débouche sur des résultats tangibles et donc démontre une efficacité de la méthode.

Ce qu’il y a de sûr est que cela coûte de l’argent à l’Union africaine. Pourtant, la Diaspora africaine et la société civile africaine disposent de compétences avérées et d’une partialité qui pourraient apporter plus d’efficacité si les dirigeants africains se donnaient la peine d’en finir avec les « agendas doubles ou triples » pour se consacrer uniquement au bien-être des Africains et des Africaines » en Afrique et dans le monde. Après tout, la devise « Africa First » n’a rien de déshonorant, au contraire ! C’est le début d’une véritable évolution des consciences et la fin de la « haine de soi ». Aussi, selon Ibrahim Assane Dakayi, « le ralentissement de la croissance africaine est propice aux réformes » et « les prouesses économiques présentées en taux de croissance du Produit intérieur brut ne peuvent plus masquer les immenses progrès qui restent à accomplir8 ».

Néanmoins pour un avenir meilleur pour les Africains, il importe de « retrouver la confiance entre les dirigeants et le peuple-citoyen9 ». Toutefois, selon le feu Atsutsè Kokouvi Agbobli, le peuple africain devra se doter d’une « culture de combat dont l’appropriation par les individus et le peuple est indispensable… ». « Basée sur les principes de la compétition et de rigueur dans l’organisation, la culture du combat porte en elle une dynamique d’innovation exceptionnelle qui permet à la société de s’adapter à toutes nouvelles conditions et une capacité de stabilisation sociale extraordinaire qui aide la même société à résister aux assauts des prédateurs étrangers10 ». YEA.

4 juillet 2018.
Dr Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur Afrocentricity Think Tank
© Afrocentricity Think Tank
www.afrocentricity.info


1 Ousseini, O. A. (Sous la direction de) (2018). Réintégration du Maroc à l’union africaine. Éditions universitaires européennes : Bruxelles.
2 Mvelle, G. & Zang, L. (Avec la contribution de) (2017). L’Union africaine quinze ans après. Tome 1 et Tome 2. Editions L’Harmattan : Paris.
3 Ikubaje, I. (2018). L’Union africaine et la lutte contre la corruption : Les défis de l’architecture continentale de développement. Éditions universitaires européennes : Bruxelles.
4 Ould Sadi, H. & Ba, M. R. (2018). « L’Union africaine en sommet en Mauritanie après 6 mois de présidence Kagame ». Iin AFP et TV5 Monde. 29 juin 2018. Accédé le 3 juillet 2018. Voir https://information.tv5monde.com/info/l-union-africaine-en-sommet-en-mauritanie-apres-6-mois-de-presidence-kagame-246606
5 Amaïzo, Y. E. (sous la direction de). La neutralité coupable : l’autocensure des Africains, un frein aux alternatives ? Avec la préface du Professeur Abel Goumba et une postface de Tétévi Godwin Tété-Adjalogo. Collection Interdépendance africaine. Éditions Menaibuc : Paris.
6 Mvelle, G. (2013). Union africaine face aux contraintes de l’action collective. Editions L’Harmattan : Paris.
7 Dieng, P. B. (2002). “Vers des Assemblées supranationales africaines : subsidiarité et consociativité comme fondements », pp. 515-560. In Amaïzo, Y.E. (sous la coord.) (2002). L’Afrique est-elle incapable de s’unir ? Lever l’intangibilité des frontières et opter pour un passeport commun. Editions l’Harmattan : Paris.
8 Mayaki, I. A. (2018). L’Afrique à l’heure des choix. Manifeste pour des solutions panafricaines. Préface de Olusegun Obasanjo. Editions Armand Colin : Paris.
9 Amaïzo, Y. E. (sous la direction de). L’Union africaine freine-t-elle l’unité des Africains. Retrouver la confirance entre les dirigeants et le peuple-citoyen. Avec la préface de Aminata D. Traoré. Collection Interdépendance africaine. Éditions Menaibuc : Paris.
10 Agbobli, A. K. (2002). Le monde et le destin des Africains. Les enjeux mondiaux de puissance. Collection « interdépendance africaine ». Editions l’Harmattan : Paris.

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